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COUR SUPÉRIEURE
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ABERRANT!
Est-ce que le fait de conduire avec des «facultés affaiblies» fait la preuve d'un «haut niveau de conscience sociale»?
«19-08-2004
COUR SUPÉRIEURE
La juge en chef Lyse Lemieux démissionne
Rollande Parent
Presse Canadienne
Montréal
La juge en chef de la Cour supérieure du Québec, Lyse Lemieux, interceptée au volant de son automobile avec facultés affaiblies, le 5 août à Montréal, alors qu'elle se trouvait en vacances, a décidé de quitter ses fonctions et de prendre sa retraite, le 30 septembre.
Âgée de 68 ans, elle exerçait la fonction de juge depuis 26 ans, dont presque dix ans dans des postes de direction.
Les tests ont démontré que lors de son interception par la Sûreté du Québec sur une autoroute traversant Montréal, Mme Lemieux conduisait son véhicule avec un taux d'alcool dans le sang du double de la limite permise de .08, a déclaré Alanna Woods, porte-parole de la Cour supérieure du Québec.
Mme Lemieux comparaîtra le 10 novembre pour être accusée de conduite avec facultés affaiblies et d'un taux d'alcoolémie dépassant la limite permise.
Mme Lemieux a été intercepté après avoir présumément heurté une pièce d'équipement urbain se trouvant sur le côté de l'autoroute.
La juge n'en était pas à une première expérience malheureuse sur la route.
Son permis de conduire avait été suspendu pendant trois mois, en 2001, quand elle avait doublé un autobus d'écoliers en se rendant au bureau le matin.
D'ici la fin de septembre, elle entend voir à la bonne marche administrative de la cour mais s'abstenir de participer à des événements publics, ce qui n'aurait pas manqué avec la rentrée des tribunaux, le 9 septembre à Montréal.
«Elle n'y sera pas présente et si elle avait pris des engagements pour prononcer une allocution dans les districts périphériques de Montréal, il y aura quelqu'un à sa place», a indiqué le juge en chef adjoint, André Deslongchamps, jeudi en interview téléphonique.
De retour de vacances depuis une semaine, ce n'est que mardi de cette semaine que la juge Lemieux a informé ses deux plus proches collègues, le juge Deslongchamps et le juge en chef associé Robert Pidgeon, de ce qui lui arrivait. Elle les a consultés sur la conduite à suivre.
«Même s'il y avait d'autres avenues, elle a décidé après mûres réflexions de faire ce qu'elle a fait, de démissionner pour protéger l'intégrité de l'institution et c'est tout à son honneur. Le juge en chef est l'autorité morale d'une cour», a indiqué le juge Deslongchamps.
Le 5 août, la première femme à occuper le poste de juge en chef de la Cour supérieure a heurté une pièce d'équipement urbain et s'est vue remettre une citation à comparaître pour conduite avec un taux d'alcoolémie dépassant la limite permise.
Avant que l'information ne soit divulguée publiquement, les ministres de la Justice à Ottawa et Québec ont été avisés, mercredi, de même que la juge en chef de la Cour suprême du Canada.
Il reviendra au gouvernement fédéral de décider de la suite des choses.
Par voie de communiqué, la juge en chef de la Cour suprême du Canada, Beverly McLachlin, s'est dit attristée par les circonstances malheureuses qui ont amené l'honorable Lyse Lemieux à quitter ses fonctions et à annoncer sa retraite.
«Cette décision a dû être fort difficile pour la juge en chef Lemieux et je comprends et respecte sa décision de partir à ce moment-ci, a-t-elle déclaré.
Du côté du Barreau du Québec, le bâtonnier Denis Mondor a dit voir dans le geste de la juge Lemieux «une illustration de son haut niveau de conscience sociale».
Me Mondor a profité de l'occasion pour saluer la contribution de Mme Lemieux à la résolution des problèmes liés aux délais d'audition des causes devant les tribunaux.
Cet événement malheureux ne manquera pas de mettre en lumière le traitement différent fait aux ministres et aux juges.
«Tous les ministres ont des chauffeurs et il est un peu aberrant et contradictoire qu'un personnage comme le juge en chef, appelé à des fonctions non seulement administratives, mais sociales et protocolaires, n'en ait pas», a lancé le juge Deslongchamps.
«C'est malheureux mais c'est comme ça», a-t-il toutefois ajouté.
La démission de la juge Lemieux n'est pas sans rappeler que la juge Céline Pelletier, de la Cour du Québec, s'en est beaucoup mieux tirée en 1991.
Elle avait plaidé coupable à une accusation de conduite avec facultés affaiblies, avait été privée de son permis de conduire pour un an et à une amende de 800 $. Elle avait été arrêtée le jour de la Fête des mères avec un taux d'alcoolémie de trois fois plus élevé que la limite permise.
La juge Pelletier avait heurté avec le miroir de sa voiture un cycliste de 29 ans qui s'en était tiré avec des éraflures. Dans le cas de la juge Lemieux, aucune personne n'a été impliquée.
Saisi de l'affaire, le Conseil de la magistrature avait conclu que la juge Pelletier avait commis «une erreur de parcours» était toujours apte à siéger à la Cour du Québec.»
«Rappel à la modération»
Paulette Giroux-Mercier