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ANDRÉ CÉDILOT, journaliste
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La Presse
Actualités, mercredi 22 décembre 2004, p. A21
Démission d'un avocat de Laval accusé de blanchiment de narcodollars
Il a également fait du chantage à un ancien bâtonnier
Cédilot, André
Une enquête du syndic du Barreau du Québec a révélé que l'avocat Pierre Boivin, de Laval, n'a pas que blanchi des narcodollars, il a aussi tenté de faire chanter l'ancien bâtonnier André Gauthier.
De fait, en attente de procès dans une affaire internationale de blanchiment d'argent provenant du trafic de drogue, Me Boivin a préféré démissionner plutôt que faire face au tribunal disciplinaire de son ordre professionnel.
Selon les documents déposés au greffe du Barreau, sa démission sera en vigueur le 30 janvier prochain. Entre-temps, il s'est engagé par écrit à n'accepter aucun autre mandat, ni utiliser son compte en fidéicommis. Il lui est par ailleurs interdit de rencontrer ses clients actuels sans la présence d'un tuteur. Avant de quitter ses fonctions, l'avocat de 56 ans devra également avoir transféré ses dossier à son associé et rayer son nom du cabinet Boivin Deschamps.
Ce revirement inattendu a précédé de peu la décision- exceptionnelle- en radiation provisoire que le Barreau vient tout juste de prononcer à l'encontre de Me Boivin. Celle-ci fait suite à sa comparution en Cour criminelle, en mars dernier, pour avoir présumément mis sur pied un vaste et complexe réseau international de compagnies ayant permis de " dissimuler, blanchir ou investir " des profits de 4,5 millions de dollars du trafiquant Henri Bertrand, l'un des plus gros contrebandier de marijuana et de haschisch liquide des années 90.
Dans la plainte du syndic adjoint Patrick Richard, on mentionne qu'au lendemain du démantèlement du gang Bertrand, en juin 1999, Me Boivin a demandé qu'on détruise des documents jugés compromettants. Trois mois plus tard, il a remis possession de 81 118 $ au narcotrafiquant de Morin Heights en se servant de son compte en fiducie et de la compagnie Speedo, dont le vice-président, Ronald Chicoine, est aussi accusé au criminel.
En d'autres mots, le Barreau reproche à Me Boivin d'avoir utilisé ses connaissances, ses contacts et son expérience d'avocat fiscaliste au profit du crime organisé. Un tel comportement, de conclure l'enquêteur du Barreau, constitue une " faute grave " qui déroge aux règles de conduite des avocats. Me Richard a obtenu que Boivin soit rayé temporairement de la profession. Dans un document signé le 2 décembre, l'avocat de 29 ans de pratique s'est engagé à démissionner au début de 2005.
Me Boivin est l'un des rares avocats à avoir été poursuivi en discipline pendant qu'il est l'objet d'une accusation pénale. Depuis des années, le Barreau essuie de vives critiques parce qu'il laisse impunément pratiquer, parfois pendant des années, des avocats qui ont des causes pendantes au criminel. Actuellement, les avocats José Guede et Benoît Cliche sont vus régulièrement dans les palais de justice, même s'ils font face à des accusations de trafic de drogue. Comme Me Boivin, ils bénéficient toutefois de la présomption d'innocence.
Outre Me Boivin et Ronald Chicoine, vice-président de la Société financière Speedo 1993, René Gélinas, 60 ans, répond également de son implication dans le blanchiment de l'argent sale de Henri Bertrand, condamné à 11 ans de pénitencier. Le procès des trois hommes est prévu pour le printemps prochain, au palais de justice de Laval.
Quant au quatrième accusé, l'ancien notaire et avocat Michel St-Vincent, il s'est reconnu coupable de deux chefs de complot reliés au recyclage d'argent sale. Il devrait connaître sa sentence en février prochain.
Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Cours et administration de la justice
Taille : Moyen, 468 mots
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Doc. : news·20041222·LA·0046
Paulette Giroux-Mercier