Article pris dans le Journal du Barreau , volume 30, numéro 21, 15 décembre 1999.

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        «Banquet des pionnières à Québec

        Que de chemin...

        Pierre A. Michaud


        NDLR ­ Président d'honneur du Banquet des pionnières, l'honorable Pierre A. Michaud, juge en chef de la Cour d'appel du Québec, a prononcé cette allocution lors de l'hommage rendu aux pionnières le 11 novembre dernier à Québec.

        Lorsque j'ai été nommé juge en chef adjoint à la Cour supérieure en 1992, Antonio Lamer était juge en chef du Canada, Claude Bisson, juge en chef du Québec, Lawrence Poitras, juge en chef de la Cour supérieure, Albert Gobeil, juge en chef de la Cour du Québec, Jean-Pierre Bonin, juge en chef adjoint à la division criminelle, Roch St-Germain, juge en chef de la Cour municipale de Montréal, Pierre Blais, ministre de la Justice à Ottawa, Gil Rémillard, ministre de la Justice du Québec, Pierre Daigneault, bâtonnier de Québec, et Michel Caron, président de la division du Québec du Barreau canadien.

        Qu'en est-il aujourd'hui?

        Berverley McLachlin sera assermentée très bientôt juge en chef du Canada, Lyse Lemieux est juge en chef de la Cour supérieure, Huguette St-Louis, de la Cour du Québec, Louise Provost est juge en chef adjointe de la division criminelle de cette cour, Raymonde Verreault est juge de la Cour municipale de Montréal, Ann McLellan est ministre de la Justice du Canada, Linda Goupil est ministre de la Justice du Québec, Kim Legault, bâtonnière de Québec, Lynne Kassie, bâtonnière de Montréal, et Guylaine Beaugé, présidente de la division du Québec du Barreau canadien.

        L'œuvre marquante de nos pionnières me comble. Me voilà seul parmi toutes ces perles. Mais, à la réflexion, ne devrais-je pas commencer à m'inquiéter?

        Celles que nous honorons ce soir ont vraiment changé la donne. Elles nous ont engagés dans une ère nouvelle en nous montrant le chemin à suivre. Ce chemin parcouru par les femmes pour la conquête de leurs droits a été long et ardu. La fin du XXe siècle marque, enfin, l'aboutissement d'une quête vers l'égalité qui ­ si elle n'est pas encore complétée à l'échelle de l'humanité, a néanmoins franchi des étapes fulgurantes. Qu'il me suffise de rappeler certains repères historiques. En 1905, Mabel French ne put être reçue au Barreau du Nouveau-Brunswick puisqu'une femme n'était pas une « personne » au sens de la loi habilitante. Le juge Baker écrivait alors : « ... Le droit civil, aussi bien que la nature elle-même, a toujours reconnu une grande différence entre les sphères d'activité et la destinée respective de l'homme et de la femme. L'homme est, ou devrait être, le protecteur et le défenseur de la femme. La timidité naturelle et bienséante propre au sexe féminin le rend évidemment inapte à exercer bon nombre des fonctions de la vie civile. La constitution de la cellule familiale, fondée sur la volonté divine aussi bien que sur la nature des choses, indique que les tâches domestiques se rangent à bon droit dans le domaine et parmi les fonctions réservées à la gent féminine... La destinée et la mission suprêmes de la femme consistent à remplir les nobles et bienveillants offices d'épouse et de mère. »

        Dans les années 1920, la Cour suprême du Canada a décidé que les femmes n'étaient pas des « personnes » au sens de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique. Donc, elles ne pouvaient être sénatrices. C'est le conseil privé qui, en 1929, infirma cette décision.

        Ces événements sont survenus il y a moins de 100 ans. Ces magistrats étaient les témoins de la société du début du siècle. Ils traduisaient simplement l'opinion d'une large partie de la société orientée par la pensée et la culture de l'époque.

        (...) que de chemin parcouru depuis moins de 100 ans et cela, les femmes le doivent ­ principalement ­ à des générations de pionnières qui ont su tracer la route de l'égalité en rééduquant les mentalités et en forçant les barrières des professions qui leur étaient jusque là interdites.

        Il me fait plaisir ­ ce soir ­ de célébrer avec vous le courage et le dévouement de ces pionnières du droit. Je leur exprime notre gratitude pour ce qu'elles ont fait et ce qu'elles ont réussi et je vous remercie de l'honneur que vous me faites en m'associant à cet hommage.»

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        Le 22 octobre 2007: Raymonde Verreault est sur la liste, des juges de la Cour du Québec, diffusée sur internet. Son «lieu de résidence» est «Montréal», sa «région de coordination» est «Montréal».

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