NDLR Président d'honneur du Banquet des pionnières, l'honorable
Pierre A. Michaud, juge en chef de la Cour d'appel du Québec, a prononcé
cette allocution lors de l'hommage rendu aux pionnières le 11 novembre
dernier à Québec.
Lorsque j'ai été nommé juge en chef adjoint à la Cour supérieure en 1992, Antonio
Lamer était juge en chef du Canada, Claude Bisson, juge en chef du
Québec, Lawrence Poitras, juge en chef de la Cour supérieure, Albert
Gobeil, juge en chef de la Cour du Québec, Jean-Pierre Bonin, juge
en chef adjoint à la division criminelle, Roch St-Germain, juge en
chef de la Cour municipale de Montréal, Pierre Blais, ministre de la
Justice à Ottawa, Gil Rémillard, ministre de la Justice du Québec,
Pierre Daigneault, bâtonnier de Québec, et Michel Caron, président
de la division du Québec du Barreau canadien.
Qu'en est-il aujourd'hui?
Berverley McLachlin sera assermentée très bientôt juge en chef du
Canada, Lyse Lemieux est juge en chef de la Cour supérieure,
Huguette St-Louis, de la Cour du Québec, Louise Provost est juge
en chef adjointe de la division criminelle de cette cour, Raymonde
Verreault est juge de la Cour municipale de Montréal, Ann McLellan est
ministre de la Justice du Canada, Linda Goupil est ministre de la
Justice du Québec, Kim Legault, bâtonnière de Québec, Lynne Kassie,
bâtonnière de Montréal, et Guylaine Beaugé, présidente de la division
du Québec du Barreau canadien.
L'œuvre marquante de nos pionnières me comble. Me voilà seul parmi toutes
ces perles. Mais, à la réflexion, ne devrais-je pas commencer à m'inquiéter?
Celles que nous honorons ce soir ont vraiment changé la donne. Elles nous
ont engagés dans une ère nouvelle en nous montrant le chemin à suivre. Ce
chemin parcouru par les femmes pour la conquête de leurs droits a été long et
ardu. La fin du XXe siècle marque, enfin, l'aboutissement d'une quête vers
l'égalité qui si elle n'est pas encore complétée à l'échelle de l'humanité,
a néanmoins franchi des étapes fulgurantes. Qu'il me suffise de rappeler
certains repères historiques. En 1905, Mabel French ne put être reçue
au Barreau du Nouveau-Brunswick puisqu'une femme n'était pas une « personne »
au sens de la loi habilitante. Le juge Baker écrivait alors : « ... Le
droit civil, aussi bien que la nature elle-même, a toujours reconnu une
grande différence entre les sphères d'activité et la destinée respective de
l'homme et de la femme. L'homme est, ou devrait être, le protecteur et le
défenseur de la femme. La timidité naturelle et bienséante propre au sexe
féminin le rend évidemment inapte à exercer bon nombre des fonctions de la
vie civile. La constitution de la cellule familiale, fondée sur la volonté
divine aussi bien que sur la nature des choses, indique que les tâches
domestiques se rangent à bon droit dans le domaine et parmi les fonctions
réservées à la gent féminine... La destinée et la mission suprêmes de la
femme consistent à remplir les nobles et bienveillants offices d'épouse et de
mère. »
Dans les années 1920, la Cour suprême du Canada a décidé que les femmes
n'étaient pas des « personnes » au sens de l'Acte de l'Amérique du Nord
britannique. Donc, elles ne pouvaient être sénatrices. C'est le conseil privé
qui, en 1929, infirma cette décision.
Ces événements sont survenus il y a moins de 100 ans. Ces magistrats
étaient les témoins de la société du début du siècle. Ils traduisaient
simplement l'opinion d'une large partie de la société orientée par la pensée
et la culture de l'époque.
(...) que de chemin parcouru depuis moins de 100 ans et cela, les femmes
le doivent principalement à des générations de pionnières qui ont su
tracer la route de l'égalité en rééduquant les mentalités et en forçant les
barrières des professions qui leur étaient jusque là interdites.
Il me fait plaisir ce soir de célébrer avec vous le courage et le
dévouement de ces pionnières du droit. Je leur exprime notre gratitude pour
ce qu'elles ont fait et ce qu'elles ont réussi et je vous remercie de
l'honneur que vous me faites en m'associant à cet hommage.»