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LYSE LEMIEUX
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Source : Le permis.com
Le 10 novembre 2004
Québec : Conduite avec facultés affaiblies - Lyse Lemieux n'a pas comparu ce matin
L'ex-juge en chef de la Cour supérieure du Québec, Lyse Lemieux a comparu pour conduite avec facultés affaiblies, à l'abri de l'oeil des médias, mardi dernier, huit jours avant la date prévue, mais son avocat assure qu'il ne faut pas y voir là un traitement de faveur.
Mme Lemieux a plaidé coupable et le juge Serge Boisvert l'a condamnée à une amende de 600 $, la peine minimale pour une première infraction, et a suspendu son permis de conduire pour une durée d'un an. La juge Lemieux a cependant demandé et obtenu la permission de reprendre le volant après trois mois, à la condition de faire installer dans son automobile un dispositif qui bloque le démarreur si, après avoir soufflé dans l'appareil, le taux d'alcoolémie est plus élevé que requis. Ce système sera donc en place pour les neuf derniers mois. En tout et partout, le tout a duré quatre minutes.
Il restait cependant à signer l'ordonnance rendue par le juge. Ce qui a forcé Mme Lemieux et Me François Daviault, qui la représentait, à s'asseoir au greffe pendant une bonne trentaine de minutes.
«Si j'avais pu la représenter sans qu'elle ait à venir à la cour je l'aurais fait. Mais elle devait signer l'ordonnance d'interdiction de conduire», a indiqué Me Daviault.
Mme Lemieux, âgée de 68 ans qui exerçait la fonction de juge depuis 26 années, avait décidé de prendre sa retraite abruptement l'été dernier, à compter de la fin de septembre, après avoir été interceptée au volant de sa voiture, le 5 août, à Montréal. Les résultats des deux tests d'alcoolémie montraient un taux de deux fois la limite permise.
Au retour d'une soirée passée avec des amis, alors qu'elle se trouvait en vacances, elle roulait sur l'autoroute 13, à Montréal, quand elle a frappé un parapet de béton. Aucun autre véhicule n'avait été touché et personne n'avait été blessé.
Rejoint au téléphone, l'avocat de l'ex-juge Lemieux a dit qu'«il ne faut surtout pas y voir une stratégie». «Dans ce dossier-là, le Procureur général du Québec a nommé un procureur ad hoc, François Huot, de Québec. Il m'a téléphoné en octobre afin de devancer la date de la comparution parce qu'il était retenu le 10 novembre, dans la région de Rimouski ou ailleurs», a expliqué Me Daviault. Comme Me Huot était dans la région de Montréal le 2 novembre, il a été décidé de procéder en après-midi.
La nomination d'un procureur ad hoc a été faite par le ministère de la Justice «compte tenu de la nature de la personnalité de Mme Lemieux qui était juge en chef à l'époque», a fait valoir son avocat. On a voulu que la tâche soit remplie par un procureur de la Défense, plutôt que par un procureur de la Couronne «de façon à garder toute objectivité et toute indépendance par rapport à la position à prendre», a ajouté l'avocat.
Me Daviault, qui s'occupe du dossier de Mme Lemieux «depuis le tout début», a lui-même été juge de la Cour supérieure du Québec, pour une courte période, mais a préféré retourner à la pratique du droit. Me Daviault estime que «ce dossier a été traité normalement».
«Je ne voulais surtout pas qu'on dise qu'on avait eu un traitement de faveur. J'étais prêt à y aller le 10. Évidemment je ne l'ai pas crié sur tous les toits, mais quand le procureur Huot a demandé de changer la date j'ai évidemment sauté sur l'occasion», a-t-il ajouté.
La présidente de l'Association des avocats de la défense de Montréal, Isabelle Doré, ne voit pas un traitement de faveur dans le fait que la comparution de la juge Lemieux ait été devancée. «C'est une question d'habileté. C'est du bon travail d'avocat», considère Me Doré. «On peut penser que c'est pour éviter les médias, mais c'est peut-être que la date ne convenait pas.
Quoi qu'il en soit, le cabinet fédéral a entériné une politique le mois dernier qui fait en sorte que la rente à laquelle aurait eu normalement droit la juge Lemieux, au moment de sa retraite, lui sera finalement versée, malgré le fait qu'elle ait fait l'objet d'une accusation criminelle. Elle touchera annuellement 160 000 $ pour le reste de sa vie.
Paulette Giroux-Mercier