|
DES MEMBRES DU BARREAU
--------------------------------- |
Source: Cyberpresse.ca
Le vendredi 02 septembre 2005
André Noël
La Presse
Le directeur des enquêtes de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Me Claude Boies, a placé sa belle-soeur dans un comité de sélection qui devait évaluer les candidatures pour un poste d'enquêteur, révèle une sentence arbitrale.
Au bout de ce processus de sélection, Me Boies et le président de la commission, Pierre Marois, ont décidé d'accorder le poste à une jeune femme plutôt qu'à une professionnelle qui avait accumulé 25 années d'expérience au sein de la Commission.
Cette professionnelle, Constance Leduc, auteure d'une enquête remarquée sur l'exploitation des personnes âgées, s'est plainte à son syndicat, qui a déposé un grief. La cause a été entendue au tribunal d'arbitrage et la décision a été rendue plus tôt cette année. L'arbitre Diane Veilleux a renversé la décision de la Commission des droits et lui a ordonné de donner le poste à Mme Leduc.
Selon de nombreux témoignages recueillis par La Presse, plusieurs femmes ayant beaucoup d'expérience ont vécu des situations difficiles à la Commission des droits de la personne depuis l'arrivée de M. Marois à la présidence, en 2001. Et cela qu'elles occupent des postes de cadre supérieure, de professionnelle ou de secrétaire.
En octobre 2002, plusieurs professionnels de la Commission soumettent leur candidature pour un poste permanent d'enquêteur. Un comité de sélection est formé; il comprend une personne extérieure à la Commission, soit Me Martine Nolin, la belle-soeur de Me Boies.
L'arbitre rappelle que Me Boies a expliqué son choix au tribunal: « Me Boies avait contacté un autre avocat spécialiste des droits de la personne, mais celui-ci n'était pas disponible. Il s'est donc tourné vers sa belle-soeur, Me Nolin. » Au moins un autre membre du comité de sélection n'a pas été informé de ce lien de parenté pendant le concours. (L'autre membre du comité ne se souvenait pas quand elle l'avait appris.) Me Leduc avait une feuille de route irréprochable, mais la Commission lui a préféré une jeune femme. Le syndicat n'a pas mis en doute la compétence de la jeune femme, mais a fait valoir qu'à compétence égale, il fallait tenir compte de l'expérience. L'arbitre lui a donné raison.
Il a été impossible de parler à Me Boies, hier. Il était en réunion hors de Montréal, a indiqué le porte-parole de la Commission, Robert Sylvestre. Mme Leduc n'a pas voulu parler à La Presse, mais des femmes ayant beaucoup d'expérience ont affirmé, en demandant de taire leur nom, qu'elles se sentaient maltraitées.
«Je suis une salariée à la Commission depuis de nombreuses années, nous a écrit l'une d'elles. Comme la plupart de mes collègues, j'y suis par conviction. Depuis l'arrivée de ce président (M. Marois), les choses vont de mal en pis et le moral des troupes est au plus bas. Nous avons connu d'autres présidents et chacun avait son style... mais personne ne nous a traités de cette façon.»
Selon elle, ce ne sont pas seulement des cadres qui ont subi des brimades, mais aussi des salariés syndiqués. «J'espère que l'Assemblée nationale va réfléchir sérieusement avant de désigner la prochaine personne qui présidera la Commission, conclut-elle, (et) qu'elle mènera une enquête pour s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une personne qui a eu des pratiques en contradiction avec la mission de cet organisme.»